RECIT DE 5 SEMAINES DE BENEVOLAT A BESELY (Partie 1)

RECIT DE 5 SEMAINES DE BENEVOLAT A BESELY (Partie 1)

 

Elodie et son amie Béatrice sont parties en début d’année 2019 comme bénévoles pour Écoles du Monde et ont passé5 semaines àl’école de Besely. Elodie est infirmière et diététicienne, c’était sa première expérience comme bénévole sur le terrain. son retour en France, Elodie a raconté à l'équipe à Paris son expérience à Madagascar. Elle a parlé, avec son joli accent du sud, des enfants, de sa mission, du bénévolat en général et de ce qui l’a marqué sur place.  

Elodie, comment avez-eu l’idée de partir comme bénévole à Madagascar dans la brousse ?

 

Je connaissais un peu Madagascar, j’y étais allée en vacances en 2012. J’ai voulu y retourner pour faire du bénévolat, c’est un pays magnifique, et il y a beaucoup d’associations humanitaires parce qu’il y a beaucoup à faire là-bas. J’ai contacté Écoles du Monde par mail. En fait, je ne connaissais pas l’association avant, cela s’est fait vraiment par hasard.

 

Qu’avez-vous fait sur place pendant votre mission ? 

 

Ma mission était orientée vers la nutrition, l’équilibre alimentaire des enfants notamment et nous avons beaucoup travaillé sur les menus de la cantine. Mon amie, qui est partie avec moi, n’est pas infirmière mais elle a beaucoup aidé avec ses compétences à elle. 

Je devais faire le constat d’abord de ce que les enfants mangeaient, ensuite voir les éventuelles carences et essayer de mettre en place des repas équilibrés en s’adaptant au budget et aux habitudes alimentaires locales. J’ai beaucoup travaillé en collaboration avec la sage-femme de l’école pour l’impliquer dans le projet et qu’elle m’aide à comprendre les habitudes locales en matière alimentaire, la vie des enfants. A la fin de la mission, nous avons remis des modèles de menus équilibrés pour 3 semaines. Aujourd’hui les choses sont en train de changer à l’école : il y a un cuisinier et les cuisines sont neuves. Il va falloir voir ce qui est mis en place suite à nos préconisations sur les menus dans la durée.  

Jusqu’ici c’étaient les parents d’élèves qui venaient faire les repas de la cantine, à tour de rôle. Les enfants arrivent le matin avec leur riz. Le riz, c’est la base de l’alimentation là-bas. 

 

Le petit déjeuner est pris à l’école par les enfants quand ils arrivent. C’est offert à tous les élèves pour bien commencer la journée ! Ensuite, seuls les élèves qui habitent loin de l’école (2 ou 3 kilomètres) prennent leur déjeuner le midi à la cantine. Les enfants payent une toute petite contribution pour le repas de midi. Pour les parents c’est bien, une bouche à nourrir de moins pour le repas de midi, cela favorise la scolarisation.

Avec la sage-femme, nous avons aussi pris le temps de peser et mesurer tous les élèves. Nous avons convenu qu’il fallait continuer à le faire une fois par mois pour constater l’évolution des courbes, voir si les enfants grandissent et grossissent bien.

 

Nous avons aussi beaucoup travaillé sur l’hygiène avec les enfants : l’importance des douches, du lavage de main et du brossage de dent. C’était compliqué car nous n’avions pas assez d’eau dans le puits et les enfants ne peuvent pas prendre des douches tous les jours ! Mais tous les vendredis au moins, les enfants y ont droit. Cela ne parait rien, mais les parents n’ont souvent pas beaucoup de notions d’hygiène, ils vivent dans des cases où ils n’ont pas l’eau courante, ni les toilettes. S’ils ne prennent pas de douches à l’école, ce n’est pas chez eux qu’ils peuvent le faire. 

 

Nous avons fait une collecte pour acheter des brosses à dent. Les enfants avaient déjà des notions du brossage de dent, l’année passée une autre bénévole leur en avaient déjà parlé mais depuis il n’y avait pas eu de nouvelles brosses à dent ! Au bout d’un an, c’est normal qu’il faille refaire un point sur le sujet avec eux. Nous sommes passé dans toutes les classes parler de l’hygiène des mains et des toilettes à l’aide d’un jeu créé par l’OMS à destination des enfants. Ils comprennent très bien, ils savent comment faire mais ce n’est pas facile parce que chez eux ils n’ont pas ces commodités ! il y a un vrai décalage entre l’école et chez eux. A l’école il y a un confort auquel n’ont pas idée ailleurs. Heureusement, il y a aussi des puits construits par Écoles du Monde dans le village, les villageois vont chercher l’eau du puits. A l’école il y a des douches, des toilettes, il faut s’y habituer. 

 

Qu’est-ce qui vous a frappé en passant du temps à Besely ?

 

D’abord la joie de vivre ! Les enfants ont beau n’avoir pas grand-chose, ils sont très gentils, très curieux, pas effrayés quand nous sommes arrivées, et ils sont heureux et émerveillés du confort de l’école. Ils jouent avec peu de chose, un ballon fait avec une pelote de laine dans la cour par exemple, il y a un décalage énorme avec ce qui existe dans les pays riches mais ils sont heureux, pas envieux parce qu’ils ne connaissent pas le luxe qui existe ailleurs. Certains élèves sont allés à la ville, à Mahajanga mais la plupart ne connaissent que la brousse. Ils n’imaginent pas le reste. 

L’accès aux soins est déplorable dans la brousse. C’est dommage qu’il n’y ait pas de médecin à passer. Il faudrait un médecin qui passe tous les mois voir les élèves d’ailleurs mais c’est compliqué de trouver un médecin qui accepte de venir dans la brousse. C’est la sage-femme qui gère quand il faut soigner un élève, elle donne des médicaments, comme elle peut. Les plus riches à Madagascar sont vaccinés mais pas les autres. 

Les enfants n’ont pas de carences alimentaires visibles, ils vont plutôt bien même s’ils sont en général dans le bas des courbes. Ils mangent à leur faim mais pas forcément avec tous les apports qu’il faudrait. C’est pour ça que c’est super les arbres fruitiers qui ont été plantés à l’école et le potager parce que les fruits et légumes sont très chers, c’est compliqué d’en acheter donc pouvoir les produire sur place ça permet que les enfants diversifient leur alimentation à moindre coût. 

 

Qu’est-ce que vous allez retenir de cette expérience ?

 

J’ai beaucoup appris, c’était une super expérience. Comprendre la vie qu’ils mènent, la vraie vie locale. Nous avons beaucoup communiqué avec les enfants, et avec les profs aussi, nous avons partagé leur quotidien. Nous avons échangé sur leurs vies, sur notre vie aussi. C’est fou le décalage qu’il peut y avoir. La chance d’être né au bon ou au mauvais endroit, c’est un coup du hasard au final, c’est si peu de chose. 

Et puis, à rester vivre en brousse, on apprend à vivre avec peu de choses, à se débrouiller. On est resté sans eau parfois une journée entière par exemple. Il y a un tel confort en France qu’on ne rend même plus compte de cette chance, qu’on apprécie plus les petits bonheurs que nous apporte notre vie !

 

L’expérience de bénévolat vous a donc beaucoup apporté ? 

 

C’était ma première expérience de bénévolat et je serais ravie de repartir un peu plus tard. Pour Écoles du Monde, pourquoi pas, pour continuer le travail que nous avons commencé cette année.

 

Je me rends compte qu’il y a beaucoup de gens qui veulent devenir bénévoles aujourd’hui. Des personnes qui veulent aider, donner de leur temps pour les autres. Mais il faut savoir s’y prendre, savoir avec qui partir, dans quelles conditions et être ouvert aux autres sans se sentir comme le colon blanc venu sauver les vies des petits africains. J’espère qu’ils ont appris de nous, mais moi j’ai appris encore plus à leurs côtés ! 

En fait, ce n’est pas évident de trouver une association pour partir faire une mission de bénévolat, certaines ne sont pas aussi bien gérées qu’Écoles du Monde, il faut parfois payer pour y aller, payer pour se loger sur place, c’est devenu un véritable business. Il y a beaucoup de corruption et d’arnaques aussi à tous les niveaux. Il faut faire attention quand on veut partir en mission.

 

Quel regard avez-vous sur ce qui se passe à l’école de Besely, en dehors des sujets que nous avons déjà abordés ? 

 

Il y a tellement de projets à faire encore ! Écoles du Monde développe beaucoup de nouveaux projets. Le projet du collège par exemple, c’est super ! Il y a tellement d’enfants qui doivent arrêter en CM2 parce que les parents n’ont pas les moyens de les envoyer à la ville pour aller au collège, c’est tellement dommage. Ils ont accès à une très bonne éducation en primaire et doivent ensuite s’arrêter. 

 

Il y a aussi la question de la sensibilisation à la contraception pour les plus grands, surtout les filles. Ce serait hyper intéressant de travailler sur le sujet parce que des jeunes filles de 12 ou 13 ans sont souvent déjà mariées ou avec des enfants. Nous avons rencontré une association sur place qui s’occupe de sensibiliser à la contraception en brousse. Ils doivent être en contact avec Écoles du Monde maintenant. 

 

Un dernier mot ? 

 

C’est sur place que j’ai pu mieux me rendre compte de l’importance des valeurs humaines et de l’essentiel dans la vie.Les valeurs humaines prennent tout leur sens là-bas où il n’y a pas le confort d’ici en France. On est contents d’avoir du confort bien sûr, mais en excès ça devient néfaste, à mon sens pour l’humanité. Il faut rester proche des valeurs humaines, prendre la mesure de notre chance et de l’essentiel.